Pour un nouveau Pierre-Feuille-Ciseaux

Si nous avons choisi de rendre public ce bref essai, c’est pour briser le silence entourant un scandale national, scandale dont sont victimes les plus fragiles d’entre nous : nos enfants.

Table des matières

1- Le jeu de pierre-feuille-ciseaux

Depuis le milieu des années 1950 est pratiqué dans les cours de récréation de notre pays le jeu de Pierre Feuille Ciseaux, que nous nommerons PFC pour plus de commodité. Si les origines de ce jeu sont peu claires (le lecteur désirant plus d’informations à ce sujet pourra se reporter à l’importante somme de travaux publiée par Henri Foresse-Girolt, qui fait autorité dans ce domaine), ses règles sont fort simples. Deux enfants se font face et placent chacun l’une de leurs mains dans leur dos. L’un d’eux (baptisé enfant dominant par Foresse-Girolt) compte alors à haute voix jusqu’à trois. Durant ce laps de temps, les deux enfants forment, à l’aide de leurs doigts, l’un des symboles suivants :

  • La pierre, représentée par un poing fermé.
  • La feuille, quant à elle, nécessite de mettre la main « à plat », le pouce aligné aux autres doigts.
  • Pour représenter les ciseaux, plus complexes, l’enfant doit replier tous les doigts à l’exception de l’index et du majeur, qu’il écartera au maximum. D’après Paul Deroussin, ce n’est que vers l’âge de trois ans que l’enfant acquiert la capacité de les représenter.

Lorsque le troisième chiffre est vocalisé par l’enfant dominant, les deux joueurs tendent le bras dissimulé jusqu’à ce qu’il soit parfaitement visible par leur camarade. Est alors déterminé un gagnant, chaque symbole étant considéré plus fort qu’un autre et plus faible qu’un troisième (deux symboles identiques ayant toujours pour résultat une manche nulle). Le résultat est annoncé sous la forme d’une courte phrase strictement codifiée, nommée énoncé de conclusion de match (voir appendice).

Le tableau suivant représente le résultat du match pour l’enfant dont le symbole est mentionné en tête de chaque ligne (le signe de l’adversaire étant en haut de colonne). G représente un gain, P une perte, x un nul.

Pierre Feuille Ciseaux
Pierre x P G
Feuille G x P
Ciseaux P G x

Tableau 1 : gains et pertes dans le PFC classique (D’après Foresse-Girolt)

Comme on peut le voir dans le tableau 1, les chances de gain, de perte et de match nul sont égales et similaires quel que soit le symbole choisi.

Le PFC, jeu innocent et peu onéreux, a longtemps constitué pour les jeunes enfants une intelligente initiation aux aléas de l’existence, leur permettant d’apprendre à perdre tout en gardant confiance en eux, les chances étant strictement les mêmes pour tous (1/3 de gains, 1/3 de pertes, 1/3 de nuls).

Même si certains, comme André Jolain, se sont inquiétés du caractère guerrier de deux des trois symboles proposés lors du jeu, et en particulier de ce « triomphe de la barbarie sur l’intelligence » constitué, selon lui, par l’énoncé « les ciseaux coupent la feuille », les incidents sont restés rares, puisqu’un seul, que nous ne citerons que pour mémoire, a eu des conséquences graves : la victime, âgée de quatre ans, jouait avec un camarade qui refusa d’accepter que ses ciseaux soient brisés par la pierre de son adversaire, garda les doigts écartés (« quittant le contexte du jeu toujours armé de sa belliqueuse métaphore », comme l’écrit Jolain, qui voit dans ce fait divers un cas typique de confusion entre réalité et fiction) et frappa son partenaire au visage. Le garçonnet perdit l’usage de son œil gauche de façon permanente.

2- L’introduction du puits

Les dérives sérieuses ne débutèrent que vers 1981. Cette année-là, suite à diverses pressions que nous n’aborderons pas ici1, fut introduit dans le jeu un quatrième symbole, le puits, représenté par la flexion partielle des cinq doigts, le pouce entrant en contact avec le majeur.

Cet ajout bouscula la mécanique finement huilée de ce jeu. Le tableau 2 indique les résultats des nouvelles combinaisons possibles.

Pierre Feuille Ciseaux Puits
Pierre x P G P
Feuille G x P G
Ciseaux P G x P
Puits G P G x

Tableau 2 : gains et pertes dans le PFC étendu (d’après Foresse-Girolt)

Ici, plus d’égalité des chances, comme on peut le voir dans le tableau 3.

Symbole choisi Chances de gain
La pierre 25%
La feuille 50%
Les ciseaux 25%
Le puits 50%

Tableau 3 : chance de gain dans le PFC étendu (PFCé ou PFCP)

Le résultat est clair : les chances de gain de la feuille et du puits sont deux fois (!) plus importantes que celles de la pierre et des ciseaux.

Un tel écart statistique ne pouvant s’expliquer par le simple hasard, nous avons entrepris d’en chercher les causes, nous basant sur les travaux de Charles Blackett, qui fut le premier à insister sur le caractère féminin des symboles « vainqueurs » (puits et feuille représentant respectivement, selon lui, le vagin et l’hymen) et sur le caractère masculin des symboles « vaincus » (pierre et ciseaux, respectivement testicule et verge).

Il est évident que, dans cette optique, les « ciseaux coupant la feuille » ne sont plus la « victoire de barbarie sur l’intelligence » chère à Jolain mais métaphore de la défloration. Et l’hypothèse (évoquée par Alice de Malincourt) d’un lobby féministe radical à l’origine de l’introduction du puits donne sens aux modifications effectuées dans le PFC étendu : l’idée de « ciseaux coupant la feuille » et ne pouvant être contrés que par une « pierre (autre symbole viril) cassant les ciseaux » devait apparaître comme intolérable aux théoriciens du genre qui, dans l’impossibilité de réduire ces symboles à l’impuissance (dans tous les sens du mot), n’ont pu que limiter leur pouvoir de nuisance en les faisant se perdre dans un puits, vagin-gouffre sans plus de fond que le tonneau des Danaïdes.

3- Effets pervers du PFC étendu

La généralisation du PFCé n’est pas allé sans causer de nombreux problèmes. En effet, comme l’ont mis en évidence les travaux de Vladimir Prokov, basés sur de nombreuses années d’observation, les enfants semblent être conscients de l’orientation sexuelle des différents symboles proposés puisqu’ils ne les choisissent pas de manière conforme à une répartition aléatoire.

Pierre Ciseaux Feuille Puits
Garçons 32% 34% 18% 16%
Total symboles masculins : 66% Total symboles féminins : 34%
Filles 17% 16% 32% 35%
Total symboles masculins : 33% Total symboles féminins : 67%

Tableau 4 : préférence pour certains symboles en fonction du sexe (d’après Prokov).

Les différences dans le choix (pourtant totalement libre et désintéressé, les enfants testés ne possédant pas les notions de statistique nécessaires à un choix des symboles les plus « puissants » en termes de chances de gain) sont très représentatives : le puits et les ciseaux, symboles les plus sexués, sont invariablement les plus choisis par les enfants du sexe correspondant. Plus loin dans ses travaux, Prokov a également noté que la proportion de ciseaux croît avec l’âge chez le garçon au détriment de la proportion de pierres (pour Prokov, c’est un signe d’un recul de la focalisation sur l’anus et l’excrément –selon lui autre symbolique de la pierre- au profit d’une virilité plus assumée avec le développement des capacités érectiles de la verge). Enfin, les fillettes issues de familles traditionalistes et religieuses ont une tendance marquée à préférer la feuille au puits (46%-21% contre 32-35% dans l’ensemble de la population féminine).

On pourrait sourire à la lecture de ces résultats si les conséquences n’en étaient aussi tragiques. En effet, n’oublions pas que les chances de gain des symboles féminins sont de 50% alors que celles des symboles masculins sont de 25%. Tant que la répartition entre les différents symboles est totalement aléatoire (ou supposée telle), cela ne pose pas grand problème (si l’on met de côté le fait qu’un individu initié à la statistique dispose d’un avantage de poids). Mais lorsqu’on sait que les garçons ont une tendance naturelle à se porter sur les symboles masculin « inférieurs », on réalise que ce jeu jusqu’alors école de tolérance et leçon en matière d’égalité des chances devient imprégné d’un fatalisme sexiste on ne peut plus douteux.

Probabilités de gain :
Nous nommerons CG la probabilité de gain finale.
Nous nommerons CM la probabilité de choisir un symbole masculin et CGM la probabilité de gain sachant qu’un symbole masculin a été choisi.
Nous nommerons CF la probabilité de choisir un symbole féminin et CGF la probabilité de gain sachant qu’un symbole féminin a été choisi.
 
Expression logique :
CG = (CM ∧ CGM) ∨ (CF ∧ CGF)
Expression mathématique :
CG = (CM * CGM) + (CF * CGF)
soit
CG = (CM * 0.25) + (CF * 0.5)

CM CF Chances de gain
Garçons 66% 34% 33%
Filles 33% 67% 48%

Tableau 5 : chances de gain au jeu de PFCé en fonction du sexe.

L’écart est significatif : les chances de gain des garçons sont inférieures de 15 points (soit 31,25%) à celles des filles.

Pour Blackett, cet écart a eu de graves conséquences. Quand on sait que près de 90% des enfants de dix ans ont joué de façon régulière au PFCé2 durant leur vie, on peut se demander quelles en seront les conséquences à long terme. Quels adultes deviendront ces enfants qui n’ont connu, durant toute leur jeunesse, que l’enfermement dans une logique castratrice leur rappelant à tout instant leur supposée infériorité ?

André Jolain a osé regarder le problème en face en mettant en parallèle les chiffres de la délinquance juvénile d’une année donnée avec le pourcentage de parties PFC jouées avec les règles étendues dix ans plus tôt (on suppose les jeunes délinquants âgés de 13 à 18 ans, alors que le PFC est pratiqué essentiellement par les enfants âgés de 3 à 8 ans).

Année Mineurs de sexe masculin mis en cause dans des affaires de violences volontaires Pourcentage de PFCé sur le total des parties de PFC Année
1975 7426 0% 1965
1977 8748 0% 1967
1979 9962 0% 1969
1981 11478 0% 1971
1983 10892 0% 1973
1985 10710 0% 1975
1987 9032 0% 1977
1989 11746 0% 1979
1991 13678 11% 1981
1993 15396 17% 1983
1995 16024 20% 1985
1997 25942 34% 1987
1999 28169 47% 1989
2001 35611 68% 1991

Tableau 6 : d’après Violence des jeunes et PFCé, André Jolain

On ne peut que s’inquiéter à la vue de ces chiffres, surtout quand on sait que depuis 1997 la quasi-totalité des parties de PFC suivent les règles du PFCé. Combien de temps allons-nous laisser de jeunes garçons être frustrés par une supériorité féminine écrasante, être humiliés durant leurs innocents jeux enfantins ? Trouverons-nous normal encore longtemps de les voir contraints à des actes de violence barbare pour restaurer leur virilité bafouée ?

4- Pour un nouveau PFCé

Alors que certains (André Jolain bien sûr, mais depuis bien plus longtemps Julia Mitchell, Philippe Vermatin et surtout Bruno Anmère3) prônent un retour radical au PFC classique sans s’interroger un seul instant sur la faisabilité de leur proposition4, une autre école (représentée par Anne Kerouen, Raymond Verlecq et nous-mêmes) entend faire reculer le PFCé de façon progressive en lui opposant un nouveau PFC, bien plus riche en symboles, que les enfants adopteront d’eux-mêmes, sans avoir à subir de contraintes.

Un point sur lequel Anne Kerouen a insisté lors de ses nombreuses conférences est la nécessité pour ce nouveau PFCé (que nous baptiserons, par convention, second PFC étendu ou PFCé’) d’être totalement égalitaire, tout comme l’était le PFC classique. La création d’un PFCé’ encore plus « bancal » statistiquement que le PFCé n’aurait aucun intérêt. Reste à définir les modalités de l’équilibrage du PFCé’.

Raymond Verlecq et Anne Kerouen ne croient pas en la nécessité de l’égalité des probabilités de victoire et de défaite entre les différents symboles. Pour eux, l’urgence est de neutraliser la symbolique sexuelle en ajoutant suffisamment de nouveaux symboles « neutres » pour que les préférences des garçons pour ciseaux et pierre, et celles des filles pour feuille et puits deviennent statistiquement insignifiantes.

Cette approche nous semble peu valable pour trois raisons :

  • Avant tout, il semble difficile de savoir si les nouveaux symboles ne vont pas attirer à nouveau les préférences inconscientes de certains groupes sexuels, éthniques ou sociaux. Qu’adviendra-t-il si un symbole très « puissant » se trouve fréquemment choisi par les enfants blancs alors qu’un autre plus « faible » obtient la majorité des suffrages chez les jeunes maghrébins ? Le problème n’aura été que déplacé. A ceux qui pensent que l’expérience et l’analyse statistique nous apporteront peu à peu les moyens de corriger ces défauts5, nous répondrons que le PFCé a causé trop de dégâts pour que l’on puisse se permette d’autres erreurs.
  • Ensuite, un modèle dans lequel tous les symboles présentent des chances de gain et de perte égales serait plus conforme à l’esprit du PFC originel.
  • Enfin, elle sous-entend la création de nombreux symboles ce qui, en plus d’être inutile (comme nous le verrons plus loin), risque de poser de nombreux problèmes pratiques.

Abordons maintenant le choix des nouveaux symboles. Quelles que soient les réserves que nous avons pu exprimer sur son approche du PFCé’, nous devons encore une fois saluer le travail de Mme Kerouen qui a proposé une liste de plus de cent symboles conformes à l’esprit symbolique et enfantin de ceux du PFC original. Parmi les propositions les plus susceptibles d’être retenues se trouvent le filet, le bâton, le miroir, le crochet et le marteau6.

Mais revenons au PFCé et aux quatre symboles actuellement en vigueur. Il est évident qu’un nombre impair de symboles est nécessaire à l’égalité des chances de victoire et de défaite si on souhaite conserver le concept de match nul (ce qui est pour la plupart des chercheurs une nécessité absolue tant sa suppression entraînerait de complications).

Pour équilibrer le jeu, il est nécessaire d’ajouter un symbole que les symboles masculins battront et par lequel les symboles féminins seront battus.

Pierre Feuille Ciseaux Puits Nouv. symbole
Pierre x P G P G
Feuille G x P G P
Ciseaux P G x P G
Puits G P G x P
Nouv. symbole P G P G x

Tableau 7 : proposition de PFCé’ à cinq symboles.

Le PFCé’ proposé dans le tableau 7 est totalement équilibré. Chaque symbole gagne contre deux autres, perd contre deux autres, et le concept de « match nul » est conservé.

Reste à déterminer un symbole amenant des énoncés de conclusion de match cohérents. Comment le bâton, par exemple, pourrait-il battre le puits ? Difficile à expliquer. Le tableau 8 résume mes tentatives dans ce domaine. Nous avons étudié les principaux symboles proposés par Anne Kerouen.

Symboles mâles
(gagnent contre le nouveau symbole)
Symboles femelles
(perdent contre le nouveau symbole)
Pierre Ciseaux Puits Feuille
Miroir « La pierre casse le miroir » « Les ciseaux rayent le miroir » ??? ???
Bâton « La pierre casse le bâton » « Les ciseaux coupent le bâton » ??? « Le bâton déchire la feuille »
Crochet « La pierre brise le crochet » « Les ciseaux tranchent le crochet » ??? « Le crochet déchire la feuille »
Marteau « La pierre casse le marteau » « Les ciseaux coupent le marteau » (?) « Le marteau démolit le puits » « Le marteau déchire la feuille »
Filet « La pierre déchire le filet » « Les ciseaux coupent le filet » « Le puits est pris dans le filet » « La feuille est prise dans le filet »

Tableau 8 : proposition pour un PFCé’ à cinq symboles.

De ces cinq symboles, le filet semble le choix le plus raisonnable, bien que les énoncés de conclusion des matchs contre le puits et la feuille soient très semblables.

Voici donc un modèle final de PFCé’R(filet)7 que nous proposons à titre d’exemple pour ceux qui souhaiteraient en établir d’autres.

Pierre Feuille Ciseaux Puits Filet
Pierre x P G P G
Feuille G x P G P
Ciseaux P G x P G
Puits G P G x P
Filet P G P G x

Tableau 9 : modèle de PFCé’R(filet)

5- Conclusion

Comme nous l’avons dit en introduction, ce n’est pas par plaisir que nous avons choisi de rendre public cet essai. Précisons que ce n’est pas non plus dans le but d’imposer au monde scientifique et pédagogique un modèle de PFCé’ parfait. Nous souhaitons simplement offrir aux profanes une vision d’ensemble des recherches effectuées dans ce domaine et exposer à tous les arguments en faveurs du PFCé’R.

Nous restons néanmoins convaincus que le PFCé’, quel qu’il soit, ne détrônera pas le PFCé en un jour (songeons qu’en plus de deux décennies le PFCé n’a pas totalement replacé le PFC classique, toujours joué dans 2% des écoles de notre pays). C’est pourquoi il est de notre devoir à tous (chercheurs, intellectuels, professeurs des écoles, statisticiens, mais aussi simples citoyens concernés par l’avenir de nos jeunes) de nous consacrer à ce qui va devenir, n’en doutons pas, l’un des débats de société les plus brûlants des prochaines années.

Notes

1- Pour une vue d’ensemble de ce problème : Le féminisme et ses enjeux dans la jeunesse, 1996, P.U.F, Alice de Malincourt. Les pages 122 et suivantes sont entièrement consacrées au PFC. Les lecteurs s’intéressant aux symboliques néo-féministes dans le PFCé devraient se reporter aux travaux de Charles Blackett qui restent une référence bien que l’auteur n’aborde que très peu les moyens utilisés par les lobbies pour imposer leurs modèles dans ce jeu.

2- « A la question ‘Avez vous déjà joué de façon régulière (de façon hebdomadaire et pendant une période d’au moins un mois) au jeu du Pierre-Feuille-Ciseaux-Puits ?’, 88,7% des enfants de dix ans répondent oui. » Valdimir Prokov, in Statistics in children games, pp. 388-389

3- Rappelons encore une fois le courage visionnaire de ce grand intellectuel (malheureusement disparu depuis) qui, dès 1982, avait senti venir le danger et dont la pétition pour l’interdiction du PFCé était restée lettre morte.

4- D’après une étude effectuée auprès d’enfants âgés de 3 à 12 ans, 73% d’entre eux refuseraient de revenir au PFC classique. 89% expliquent leur refus par le désir d’un jeu plus riche, disposant de plus de symboles.

5- Nous ne citerons que pour mémoire la scandaleuse Approche positiviste d’un nouveau PFCé de Marc Ernat.

6- Les symboles mis de côté l’ont été délibérément par Anne Kerouen elle-même, pour différentes raisons : le couteau, par exemple, était trop proche des ciseaux. Le chien, quant à lui, risquait d’aboutir à des énoncés de conclusion de match violents. D’autres ne correspondaient tout simplement pas à l’esprit du PFC, qui se limite à des objets « du registre du conte de fée » (Foresse-Girolt) : l’ordinateur (trop moderne), la poulie (trop technique)…

7- Convention standard établie par Raymond Verlecq : R indique un PFCé’ régulier (dans lequel les chances de gain et de perte sont les mêmes pour chaque symbole), I un PFCé’ irrégulier (dans lequel les chances de gain et de perte ne sont pas les mêmes). Sont ensuite énumérés en indice et entre parenthèses les nouveaux symboles. On peut également indiquer en indice –dans ce cas sans parenthèses- le nombre de nouveaux symboles ajoutés, sans préciser leur dénomination exacte.
Exemple : pour un PFCé’ irrégulier disposant (en plus des symboles classiques du PFCé) du chaudron et la fourche, nous écrirons « PFCé’I(Chaudron, Fourche) ». Pour un PFCé’ régulier disposant de trois nouveaux symboles, nous écrirons « PFCé’R3 »

Appendice : énoncés de conclusion de match

Pierre Feuille Ciseaux
Pierre « Match Nul » « La feuille couvre la pierre » « La pierre casse les ciseaux »
Feuille « La feuille couvre la pierre » « Match Nul » « Les ciseaux coupent la feuille »
Ciseaux « La pierre casse les ciseaux » « Les ciseaux coupent la feuille » « Match Nul »

Tableau A : PFC

Pierre Feuille Ciseaux Puits
Pierre « Match Nul » « La feuille couvre la pierre » « La pierre casse les ciseaux » « La pierre tombe dans le puits »
Feuille « La feuille couvre la pierre » « Match Nul » « Les ciseaux coupent la feuille » « La feuille couvre le puits »
Ciseaux « La pierre casse les ciseaux » « Les ciseaux coupent la feuille » « Match Nul » « Les ciseaux tombent dans le puits »
Puits « La pierre tombe dans le puits » « La feuille couvre le puits » « Les ciseaux tombent dans le puits » « Match Nul »

Tableau B : PFCé

Bibliographie

BLACKETT, Charles (1992) – « The paper covers the well », influence of neo-feminism in the rock and scissors game
DEROUSSIN, Paul (1973) – Synchronisation des mouvements de la main chez le jeune enfant.
FORESSE-GIROLT, Henri (1981) – πέτρα
HOUMAIN, François (1984) – Des ciseaux et des hommes
JOLAIN, André (2002) – Pierres et ciseaux : jusqu’à quand ?
KEROUEN, Anne (1999) – Propositions pour un nouveau jeu de pierre-feuille-ciseaux.
MITCHELL, Julia (1987) – Plato, the scissors and the rock
NOSET, Pierre (1975) – Sémiologie des jeux enfantins
PROKOV, Vladimir (1962) – Statistics in children games
SIERZ, Kurt (1985) – Stein, blatt, meißel, eine geschichte
ZYMBERVITCH, Slovan (1979) – Les symboles phalliques dans les jeux enfantins, tome IV : les ciseaux.

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