Ode au cloaque

La Nature, prodigue, a doté l’animal
De nombreux instruments pour croître et persister.
Grâce à l’évolution, un projet optimal
Est né sous le format d’un organe enchristé.

Magicien de la poupe, il effectue ces tâches
– Portage de substrat, coït et éjection –
Avec une vigueur rehaussée de panache
À la queue de l’engin à transsubstantiation.

Son recel est hélas réservé à certains ;
Reptiles et poissons l’arborent quelquefois
Mais c’est aux emplumés, terriens maladroits,
Que revient tout l’honneur (en dépit des humains).

Ce réduit prodigieux, trésor anatomique,
Porte un nom bien cruel même pour un canal
Qui fait l’économie du bagage banal
D’ouvertures, tuyaux, procédés dynamiques.

C’est le cloaque, pardi ! Gemme du fondement,
Couronne périnée, fabuleux orifice !
Si l’on met en rapport surface et rendement
Le corps de l’animal n’est plus qu’un appendice.

Ordonnant tour à tour le début et la fin
De tout élan vital il est compositeur,
À la fois sage-femme et prince-constricteur
On le nomme parfois l’Expulseur séraphin.

Il agit en secret, à l’abri du regard
De son propriétaire et néanmoins ami ;
Commandant des sphincters, héros des multipares,
Il sait tous les secrets des déchets raffermis.

Le cloaque malgré tout hérisse le païen ;
Être polyvalent n’est plus guère à la mode.
L’ingénieur habituel préfère, c’est certain,
À l’amas disparate une saine méthode.

« Je chie pas où je baise, ajoutera le sot
(Qui, soit dit en passant, a assez peu vécu),
L’hygiène c’est précieux ! Qui néglige son cul
Voit la septicémie lui tirer dans le dos ! »

Raillez-le s’il vous sied. Moquez son ambition !
Rira bien qui rira le dernier des bestiaux
Quand il faudra jurer devant les tribunaux
Que l’on vit pour servir la Modernisation.

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