Cynospection


« Connais-toi toi-même. » Depuis plus de deux millénaires, des sagesses nombreuses et bien intentionnées livrent aux hommes cette leçon qu’elles prétendent essentielle. Sans juger du bien-fondé ou de la valeur de cette exhortation, qu’il nous soit au moins permis de constater l’évidence : se connaître soi-même n’est pas chose aisée et les moyens d’y parvenir sont…

Humble dissertation sur la mine des gens qui passent


De l’époussetage de la physiognomonie   “Among all other thynges of this worlde I wyll that thou knowe a noble and mervaylous scyence that is called physonomy by the which thou shalt knowe the nature and condycyon of people.” Secretum secretorum, Robert Copland, 1528.   La calamité du spleen Contrairement à ce qui se dit…

Le dernier autopsié


Le capitaine et moi attendions dans l’arrière-salle du café Martiguet depuis près d’une heure lorsque le docteur finit par arriver. « Chers amis, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Croyez-moi, ce petit contretemps sera vite oublié une fois que vous aurez entendu mon histoire. Je ne débourserai pas un sou aujourd’hui. » Si la modestie n’était…

Extraits du journal de Romain Capot


17 septembre 1992 Après des années passées à scruter les pages « faits divers » des quotidiens, j’ai fini par trouver le sujet de mon prochain roman : un couple d’agriculteurs sauvagement assassiné dans le Loiret. Ce sera parfait ! Le temps de faire mes valises et de finir un peu de travail sur Paris…

Le Dieu-qui-Fuit


De tous les êtres dignes d’intérêt ou d’éloges que j’ai croisé durant mon existence, de tous ces individus dont la vie et la pensée mériteraient de faire l’objet d’un récit, aucun ne surpasse en originalité et en ambition, le père Gottfoil. Comme toutes les rencontres essentielles, celle-ci eut lieu dans des circonstances exceptionnelles. Poussé par…

La vie sauvage, partie 2


[Partie 1 à retrouver ici.] La pelouse de la résidence était à présent entièrement recouverte de feuilles de cellulose, comme un linceul. Le spectacle était magnifique. On se serait cru dans les jupons de mousseline d’une jeune fille le jour de son mariage, ou bien plongé dans l’euphorie délicate d’un matin de neige. Cependant, le…

La vie sauvage, partie 1


Un habitant du dernier étage apparaissait toutes les dix minutes à l’embrasure de la fenêtre ouverte, et, l’air pensif, laissait tomber un long ruban de papier toilette. Il le regardait virevolter dans l’air quelques secondes éternelles, flottant avec grâce avant de s’accrocher aux branches du tilleul en contrebas. On n’entendait que le murmure du vent…

Le congrès des solipsistes


C’était une blague. En tout cas cela ressemblait à une blague, le genre de blague qu’auraient pu imaginer des étudiants en philosophie après avoir fêté de quelques bières des partiels réussis. Toujours est-il que parurent un beau matin, accrochés sur les lampadaires et les petits carrés de liège que les commerçants laissent à disposition des clients pour…